cg3pA l’époque où je les ai fréquentées, il existait en fait trois classes bien distinctes, constituées chaque fois en classe unique. L’école gardienne, que l’on appelait la petite école était située à la Féchère dans une partie de la salle Patria. La classe était tenue par une religieuse alsacienne, la soeur Walburge qui n’avait, en fait, pas de statut, ce qui ne l’empêchait nullement de nous donner parfaitement cours et qui était adorée de tout le monde.

En hiver, pour ne pas être obligée de chauffer la salle Patria, et peut-être aussi pour éviter à ses petits, comme elle les appelait, le déplacement jusqu’à la Féchère, elle nous donnait cours dans la petite cuisine située sur la droite de leur habitation juste à côté du sentier qui conduit à la Féchère.

Comme c’est encore le cas maintenant, l’année dans laquelle on atteignait son sixième anniversaire, on passait à la grande école.

La petite école constituait une classe mixte. Plus question de mixité à la grande école.

En fait, comme on peut le voir sur la photo de l’époque, il y avait deux écoles, l’école des garçons à gauche et l’école des filles à droite, le tout étant séparé par un mur de deux mètres de haut.

La partie habitation de l’école des garçons était occupée par l’instituteur et son ménage. La classe unique des garçons se trouvait à l’arrière de l’habitation. Personnellement, j’y ai eu cours pendant une année avec le maître Robert et les cinq dernières années avec le maître De Ro.

Le maître, à cette époque, tout en constituant incontestablement une personnalité dans le village, était un peu l’homme à tout faire. Non seulement, il devait donner cours, dans une seule classe depuis la première jusqu’à la sixième primaire, mais en plus, il devait entretenir personnellement sa classe. Souvent, cependant, comme punition, on était chargé de donner un coup de balai le soir avant de partir ou de rester plus tard le samedi midi pour aider au nettoyage à grandes eaux. Encore une fois, n’oublions pas, qu’en hiver, il fallait allumer le feu le matin et alimenter en charbon pendant la journée.

L’école des filles était la parfaite copie de l’école des garçons. La partie habitation a toujours été occupée par deux religieuses, la soeur Walburge qui donnait donc cours aux petits et la soeur Xavérine, à qui a succédé la soeur Armande à son décès, pour les filles.

Sur les photos publiées des différentes classes, nous retrouvons les benjamins et benjamines du village à leur époque.cg4p

L’arrière des habitations et des écoles était constitué, dans le passé, par des potagers et des vergers.

La floraison des lotissements autour de Blanmont, lié au bon enseignement qui est distribué dans les écoles du village ont eu comme conséquence qu’il a fallu sans cesse, et qu’il faut encore, ériger des classes supplémentaires, ce qui a d’abord fait disparaître les potagers et les vergers situés à l’arrière et finalement les habitations proprement dites.

Comme il s’agit d’écoles communales et que, « tout compte fait, la commune ne peut pas toujours financer tout partout et au même moment » dixit la commune, pour éviter la construction d’une nouvelle classe supplémentaire, le collège échevinal avait, dans les années septante, pris la position de principe d’interdire l’accès aux écoles communales aux enfants non domiciliés dans la commune.

On visait évidemment l’école de Blanmont et plus particulièrement les enfants d’Hévillers qui avaient pris l’option de ne plus fréquenter l’école de leur village mais de se rendre à celle de Blanmont. Les villageois n’admettant absolument pas cette exclusion, les réactions ne se firent pas attendre. Ce fut la révolution dans le village! Des pétitions furent organisées et le téléphone du bourgmestre n’arrêta pas de sonner.

Bien que l’idée ne venait pas de lui, mais, voulant, dans le cadre de ses responsabilités, défendre, tout en essayant de la justifier, la position prise par le collège qu’il présidait, le bourgmestre de l’époque, Werner Marchand, père du bourgmestre actuel, Bernard Marchand, avait pris l’initiative de réunir les personnes concernées dans la salle Patria.

cg2pNon seulement les parents de la rue de Blanmont à Hévillers et donc directement concernés par la mesure prise étaient présents, mais la salle était comble et, dans une grande majorité, de parents domiciliés à Blanmont. De nature habituellement calme, les habitants n’ont, ce jour-là, absolument pas mâché leurs mots. Je dois avouer avoir rarement assisté à des réactions aussi violentes des gens de Blanmont.

Aimé et apprécié comme il l’était de toute la population dont il assumait le mayorat depuis déjà plusieurs décennies, Werner Marchand n’en revenait pas. Il en était resté tout interloqué.

En prenant un verre ensemble dans le café, après la réunion, verre qu’il avait pris la précaution d’offrir à toutes les personnes présentes, il ne s’en remettait pas encore. Il me confia « Et bien, Willy, je n’aurais jamais cru cela. Je crois que j’ai fait une fameuse gaffe ! ».

Quelques jours après, le collège échevinal se réunit à nouveau pour revoir sa position. La classe fut construite et, en attendant d’obtenir les autorisations nécessaires, on installa même un préfabriqué sur le jardin des soeurs.

Par la suite, la question ne fut plus jamais soulevée et, lorsque la nécessité se fit sentir de construire l’une ou l’autre nouvelle classe ou l’un ou l’autre local pour les écoles, la chose ne tarda pas à se réaliser. Je pense que les édiles communaux de l’époque, ainsi que ceux qui leur ont succédé et avaient connu l’événement, ont bien retenu la leçon, ont bien compris que vouloir s’attaquer, de quelque façon que ce soit, aux écoles d’un village, c’est s’en pendre à soi-même, c’est scier la branche sur laquelle on est assis. C’est, en tout cas, entrer en conflit direct avec une grosse majorité de ses électeurs.

 

Référence

Extrait du livre « Souvenirs de Blanmont » publié par Willy JACQMIN aux Editions du CHERCHA en mars 1996

Il s’agit d’un ouvrage de 210 pages; les pages 38 à 89 sont consacrées aux écoles de Blanmont.